Synthèse sur Laclos + Texte complémentaire
LACLOS ET LES LIAISONS DANGEREUSES
Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803)
Né dans une famille de noblesse récente, Laclos entre à 18 ans à l’école d’artillerie de La Fère. Il mène ensuite une carrière militaire, voyageant au gré de ses affectations. Capitaine d’artillerie, Laclos obtient un congé de six mois et achève un roman qui décrit les mœurs d’aristocrates libertins. Publiées en 1782, Les Liaisons dangereuses remportent un immense succès. Cinq ans plus tard, l’officier provoque un scandale en critiquant les théories de Vauban sur l’art des fortifications et doit quitter ses fonctions militaires. Pendant la Révolution française, commissaire aux armées, il contribue à la victoire de Valmy. Il est emprisonné sous la Terreur, mais, après la mort de Robespierre, Bonaparte le nomme général de brigade. Épuisé par la maladie, il meurt en 1803, lors de la campagne d’Italie.
Composées de 176 lettres, Les Liaisons dangereuses mettent en scène deux libertins, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, qui multiplient avec cynisme les conquêtes amoureuses (comme Dom Juan ou Casanova). Les deux aristocrates, liés par une profonde complicité, se confient leurs projets et les stratégies qu’ils mettent en œuvre pour séduire. Le roman épistolaire (par lettres), qui multiplie les points de vue, permet au lecteur d’être le témoin des sentiments éprouvés par l’ensemble des protagonistes du récit : il découvre la cruauté et l’hypocrisie des libertins, l’innocence et la souffrance de leurs victimes. Le roman de Laclos s’impose ainsi, quelques années avant l’œuvre de Sade, comme l’aboutissement littéraire du mouvement libertin.
Les fonctions de la lettre dans le roman épistolaire :
- la lettre informe le lecteur du développement des situations et de l’enchaînement des péripéties
- la lettre caractérise le personnage
- la lettre exprime les sentiments et révèle la psychologie des personnages
Autre œuvre de Laclos : De l’éducation des femmes (1783)
è texte complémentaire, à mettre en parallèle avec Les Liaisons dangereuses, et surtout la fameuse lettre où Mme de Merteuil évoque son éducation et sa révolte (lettre 81) :
« Ô ! Femmes, approchez et venez m'entendre. Que votre curiosité, dirigée une fois sur des objets utiles, contemple les avantages que vous avait donnés la nature et que la société vous a ravis. Venez apprendre comment, nées compagnes de l'homme, vous êtes devenues son esclave ; comment, tombées dans cet état abject, vous êtes parvenues à vous y plaire, à le regarder comme votre état naturel ; comment enfin, dégradées de plus en plus par votre longue habitude de l'esclavage, vous en avez préféré les vices avilissants, mais commodes, aux vertus plus pénibles d'un être libre et respectable. Si ce tableau fidèlement tracé vous laisse de sang-froid, si vous pouvez le considérer sans émotion, retournez a vos occupations futiles. Le mal est sans remède, les vices se sont changés en mœurs. Mais si au récit de vos malheurs et de vos pertes, vous rougissez de honte et de colère, si des larmes d'indignation s'échappent de vos yeux, si vous brûler du noble désir! de ressaisir vos avantages, de rentrer dans la plénitude de votre être, ne vous laisser plus abuser par de trompeuses promesses, n'attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux : ils n'ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir ? Apprenez qu'on ne sort de l'esclavage que par une grande révolution. Cette révolution est-elle possible ? C'est à vous seules à le dire puisqu'elle dépend de votre courage. Est-elle vraisemblable ? Je me tais sur cette question ; mais jusqu'à ce qu'elle soit arrivée, et tant que les hommes régleront votre sort, je serais autorisé à dire, et il me sera facile de prouver qu'il n'est aucun moyen de perfectionner l'éducation des femmes. Partout où il y a esclavage, il ne peut y avoir éducation ; dans toute société, les femmes sont esclaves ; donc la femme sociale n'est pas susceptible d'éducation. Si les principes de ce syllogisme sont prouvés, on ne pourra nier la conséquence. Or, que partout où il y a esclavage il ne puisse y avoir éducation, c'est une suite naturelle de la définition de ce mot ; C'est le propre de l'éducation de développer les facultés, le propre de l'esclavage c'est de les étouffer ; c'est le propre de l'éducation de diriger les facultés développées vers l'utilité sociale, le propre de l'esclavage est de rendre l'esclave ennemi de la société. »