La Doctrine de l'Imitation
LA DOCTRINE DE L’IMITATION
Pendant des siècles, l’imitation a constitué le principe fondamental de l’art. Durant l’Antiquité, comme ensuite à la Renaissance, qui redécouvre les textes grecs, ou à l’âge classique, l’imitation (en latin imitatio repris du concept grec de la mimèsis) constitue la norme de l’œuvre esthétique. La Poétique d’Aristote affirme en effet qu’il faut imiter la nature, parce que l’homme, animal mimétique, apprend en imitant, et que l’imitation produite par l’art plaît d’une part à ceux qui y reconnaissent le modèle, et d’autre part fait connaître ce modèle à ceux qui l’ignorent. Le philosophe Platon avait critiqué l’art pour cette raison : il ne donnait accès, d’après lui, qu’à des reflets, qu’à des formes inférieures, moins réelles, de l’être.
Pour échapper à cette critique, l’idée d’imitation va progressivement changer. Il ne s’agit plus seulement d’imiter la nature : il faut en donner une image plus saisissante, plus intelligible, plus vraie finalement que l’original souvent masqué ; il faut donc faire apparaître ce qui est permanent, essentiel dans le modèle, pour le représenter clairement.
Dès lors, à compter du XVIème siècle, c’est moins la nature que les poètes fixent comme modèle de leur imitation que les grandes œuvres du passé ; l’imitation devient d’abord une imitation textuelle. En effet, les Anciens (et d’abord les poètes romains, Virgile ou Horace) ont déjà imité avec perfection la nature (tout en réécrivant, pour certains, les poètes grecs) : ils ont déjà fait passer le réel en mots ; dès lors, les imiter revient à pratiquer cette imitation parfaite dont ils donnent l’exemple. La réécriture devient alors un moyen de l’imitation – et l’un des fondements de la Renaissance, comme de la doctrine Classique.